Le 21 mars est la Journée internationale des forêts. C’est une journée de sensibilisation, de valorisation et de célébration de ce formidable poumon de la planète. Partout en France, des initiatives vont se tenir ce jour-là, mais aussi tout le week-end, en partenariat notamment avec l’ONF, certaines villes et des associations.
Nos forêts souffrent du dérèglement climatique, de leur surexploitation et surtout de leur accaparement par des acteurs prêts à tout pour faire de l’argent
Les forêts, les sols et les océans sont, depuis plusieurs décennies, des puits de carbone naturels extraordinaires : chacun absorbe chaque année environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit la moitié du CO₂ total émis. L’autre moitié reste dans l’atmosphère. Sans ces écosystèmes, le changement climatique serait bien plus sévère.

Mais à force de maltraiter nos forêts à coups de coupes rases, de monocultures et de logiques de profit, elles remplissent de moins en moins leur rôle. Elles sont de plus en plus vulnérables face à certaines maladies, comme l’encre du châtaignier ou encore l’épidémie de scolytes.
Initialement déclenchée dans la région Grand Est, l’épidémie de scolytes s’étend désormais à la quasi-totalité des forêts d’épicéas, de la moitié nord de la France (Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France, Normandie) jusqu’à l’Auvergne-Rhône-Alpes. Ces insectes, naturellement présents dans nos écosystèmes, creusent des galeries sous l’écorce pour y déposer leurs œufs, condamnant les arbres par milliers
Là où l’épidémie frappe, l’aspect paysager est profondément modifié. Les épicéas attaqués changent de couleur : leurs aiguilles passent du vert au brun, avant de disparaître totalement. C’est une conséquence directe de la monoculture de l’épicéa. Il est urgent de réagir !

Des puits de carbone en forte diminution
En 2023, un affaiblissement sans précédent de l’absorption du carbone par les continents a été observé. Les forêts et les sols ont capté quatre fois moins de CO₂ que d’ordinaire, selon l’Organisation météorologique mondiale, qui indique que la concentration atmosphérique de CO₂ (420 ppm) a atteint son plus haut niveau depuis… 800 000 ans !
La quantité absorbée (en incluant les pertes liées à la déforestation) n’a représenté que 1,6 milliard de tonnes de CO₂, contre une moyenne de 7 milliards sur les dix dernières années. Les scientifiques alertent : si l’effondrement observé en 2023 devait se poursuivre, les conséquences climatiques pourraient être catastrophiques. Plus le réchauffement s’intensifie, plus les puits terrestres s’effondrent.

Une forêt française fragilisée
Avec 25,7 millions d’hectares, la France possède la 4ᵉ surface forestière d’Europe, soit 32 % de son territoire (Hexagone et Corse). On y recense près de 140 essences d’arbres, pour un volume de 2,8 milliards de mètres cubes d’arbres vivants. Très variée notamment dans les reliefs qu’elle occupe (plaine, littoral, montagne), elle présente une grande diversité.Les feuillus représentent 65 % du total (soit 1842 millions de m3), contre 35 % de résineux (985 millions de m3).
Mais cette diversité est menacée. Les plantations massives d’épicéas ou d’autres essences à croissance rapide inquiètent. Et malgré une progression de la surface forestière, la capacité d’absorption du CO₂ diminue.
La gestion actuelle, dominée par Alliance Forêts Bois (la plus grande coopérative forestière française), ou France Bois Forêt (l’interprofession nationale de la filière forêt-bois), privilégie la rentabilité : rachats de parcelles, coupes rases, méga scieries… Il est urgent d’encadrer leur activité.
Quand le politique sabote le climat
Les politiques climato-sceptiques ou libertariennes menacent des structures essentielles. Exemple frappant : l’Observatoire du Mauna Loa est menacé de fermeture par le Département de l’efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk aux États-Unis, sous l’impulsion des coupes budgétaires initiées par Donald Trump. Une décision qui met en péril une référence mondiale de la recherche climatique. Ce site a pourtant une renommée mondiale et dispose des mesures les plus anciennes, depuis 1958, de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Le Département de l’efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk souhaite le voir fermer en août, une catastrophe.
La loi au service des forêts et de notre avenir !
L’accélération de la privatisation de nos forêts n’est plus à démontrer. Les laisser aux mains de ceux qui ne voient en elles qu’un capital et un intérêt financier est inacceptable, d’autant plus que cela intervient alors que les forêts françaises subissent de plein fouet les premiers effets des changements climatiques.
Nous avons besoin :
- d’un service public forestier fort,
- indépendant des pressions de rentabilité économique,
- plus ouvert à la prise en compte des enjeux sociétaux et à la préservation de la biodiversité
- tout en y incluant les citoyennes et les citoyens !
👉 Lors de la précédente législature, Catherine Couturier a déposé une proposition de loi transpartisane sur la gestion forestière : coupe rase, replantation, soutien aux scieries, encadrement des pratiques… Tout y est.

Elle n’a pas pu être votée à cause de la dissolution de juin 2024.
Mais nous l’avons reprise, et cette loi est prête.
Portons-la à l’Assemblée nationale, avant qu’il ne soit trop tard !