La situation dans laquelle nous sommes, en France et plus largement dans le monde, nous oblige à nous mobiliser et à la combattre. Face à la montée de l’extrême droite et à la banalisation de ses idées, la seule réponse possible est l’unité et la mobilisation populaire. La manifestation à venir doit être une première étape de prise de conscience : nous ne sommes pas seuls, nous sommes du bon côté de l’histoire, et il est absolument nécessaire de nous rassembler.
L’été dernier, lors des élections législatives, les Français ont tranché.
Ils ont fait barrage au Rassemblement National et à ses idées racistes. Ce ne fut pas une victoire à la Pyrrhus mais au contraire une victoire de combat, d’idées et d’espoir. Cette victoire, ce fut la nôtre et celle de beaucoup d’autres. Elle n’a tenu qu’à nous, à notre mobilisation et à nos ambitions.
Pourtant, face à cette mobilisation populaire, la seule réponse du Président Macron a consisté en un énième passage en force de sa politique violente, inégalitaire et stigmatisante à l’encontre des plus fragiles. Ce moment de bascule est en réalité une étape supplémentaire dans la fascisation de notre société.
La décision de nommer, par deux fois, un gouvernement minoritaire, de droite extrême, composé de personnalités, certaines connues pour leurs propos racistes et islamophobes, est une provocation insupportable qui, à elle seule, aurait dû suffire à voter la censure de ce gouvernement.
Le gouvernement Bayrou déroule l’agenda de l’extrême droite tout en la préservant finalement de toute responsabilité !
Aujourd’hui, nous avons des membres de ce gouvernement qui n’ont absolument rien à envier à ceux du Rassemblement National. Gérald Darmanin annonce la remise en cause du droit du sol. Bruno Retailleau souhaite rétablir le délit de séjour irrégulier, durcir encore les régularisations, interdire les mariages avec des sans-papiers et même interdire le voile dans le sport.
Le Premier ministre a, lui, repris à son compte les discours les plus nauséabonds sur la « submersion migratoire » et « l’identité nationale ». Ce choix de vocabulaire est depuis longtemps associé à l’extrême droite. Il était notamment fréquemment utilisé par l’ancien chef du Front National, Jean-Marie Le Pen, qui l’adossait au concept fallacieux et raciste de « grand remplacement ». Ce n’est pas juste un effet de langage : il induit une manière déshumanisante de voir une partie de la population.
Il permet d’y accoler tous les fantasmes alors qu’il est contredit par les faits, par les chiffres.
- Selon l’Insee, en 2023, la population étrangère vivant en France s’élevait à 5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale, contre 6,5 % en 1975. Il est donc impossible de parler de submersion migratoire.
- La France est même l’un des pays développés qui accueillent le moins d’immigrés. La proportion d’immigrés est sous la moyenne européenne, selon l’Insee, s’établissant à 10,7 % en 2023. Un chiffre bien inférieur aux 50 % d’immigrés au Luxembourg, aux 28 % à Malte, aux 20 % environ en Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Irlande et Suède.
La sortie de François Bayrou est l’aboutissement d’un long processus de normalisation des idées du RN.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le vocabulaire de l’extrême droite est emprunté par le centre et la droite. En 2019, Emmanuel Macron avait frappé les esprits en accordant un entretien à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, où il fustigeait notamment les « droits-de-l’hommistes », expression venue du Front National des années 1990. Dans la même veine, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, avait créé la polémique en juillet 2020 en appelant à « stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société » – encore un néologisme estampillé RN. En mai 2023, le président avait insisté, lors d’un Conseil des ministres, sur un supposé « processus de décivilisation », obligeant l’Élysée à démentir toute référence à l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus.
Fin septembre, c’est le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui s’est illustré sur ce sujet.
Celui qui parlait, après les émeutes de l’été 2023, de « régression ethnique » et de « Français de papier », a enfoncé le clou et affirmé que l’immigration n’était pas une chance pour la France.
Ce glissement sémantique ne doit pas seulement nous inquiéter, il doit appeler une réponse politique, bien sûr, mais surtout une réponse populaire.
La politisation à outrance des questions de migration et d’intégration biaise nos représentations et vise à habituer à penser comme l’extrême droite, validant l’idée de voter pour elle. Par son agenda, ce gouvernement libère la parole raciste et prépare le terrain à la violence d’extrême droite.
Le gouvernement actuel est dangereux car, non seulement il fracture notre pays, mais il le fait délibérément pour protéger les privilèges des plus riches. Car ne nous y trompons pas, jamais l’extrême droite et ses idées ne sont et ne seront du côté des plus précaires et des plus fragiles.
Dès lors qu’il s’agit de taxer le capital, de lutter contre la fraude fiscale, d’augmenter les salaires et le SMIC, ils s’y opposent.
Derrière le vernis, l’extrême droite et la bourgeoisie avancent main dans la main. Ce sont les deux faces d’une même pièce : l’une agite la haine pour diviser, l’autre engrange les profits. Ensemble, ils détiennent un certain nombre de médias (CNEWS, Valeurs Actuelles, JDD, Europe 1), le tout pour distiller leur poison et retourner contre elles-mêmes celles et ceux qui n’auraient jamais dû voter pour eux.
En réalité, leur projet est simple : détourner la colère des classes populaires, masquer les vrais responsables des inégalités et de la misère, et s’assurer que, quoi qu’il arrive, ce soit toujours eux qui restent aux commandes.
Et pendant que l’on nous fait détourner le regard, que l’on nous parle de voile et d’identité nationale, voici ce qui se passe dans notre pays :
- Les factures explosent,
- Le service public s’effondre,
- Des hôpitaux ferment,
- Des écoles sont en lutte contre des fermetures de classes,
- La précarité explose,
- 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté,
- Le coût de la vie étudiante a bondi de 27 % et 19 % des étudiants déclarent avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins,
- Des délais insupportables pour obtenir un simple rendez-vous en préfecture, mettant gravement en danger des populations déjà précaires.
La vraie violence est là : dans la misère organisée, dans les inégalités creusées, dans la répression sociale et syndicale, dans la stigmatisation des plus fragiles.
Alors oui, le 22 mars, nous devons dire haut et fort que nous refusons leur société de la peur et de la haine. Nous voulons une société d’égalité et de justice sociale.
Nous sommes la majorité. Tant que nous serons debout, tant que nous serons unis, ils ne passeront pas.
📢 Vive la lutte, vive la solidarité et vive l’antiracisme populaire !
« La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur » – Louise Michel