Hier, à l’Assemblée nationale, c’était un jour important pour le Nouveau Front Populaire. Le groupe écologiste et social avait une journée (sa niche parlementaire) pour proposer des lois et changer le quotidien des Français. Ses propositions de loi, issues du programme commun grand gagnant des élections législatives anticipées, sont des mesures de bon sens pour notre santé, notre environnement, et notre économie.
Premier texte déposé : une proposition «visant à protéger la population des risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées»
Présents partout, les PFAS (polyfluoroalkylés) ont contaminé notre quotidien. Découverts accidentellement par l’entreprise DuPont de Nemours en 1938, les PFAS ont été utilisés pour la première fois dans le projet Manhattan (le développement de la bombe atomique américaine en 1940). Recyclés après la guerre dans les ustensiles du quotidien, avec la poêle emblématique de la marque Teflon®, ces molécules ont fait la fortune des industriels étasuniens. Ces 10 000 molécules sont utilisées dans de très nombreux produits (emballages alimentaires, poêles antiadhésives, cosmétiques, peintures, mousses anti-incendie…). Ces polluants éternels, car insolvables et résistants à toutes les températures même les plus extrêmes, sont omniprésents dans l’air, les rivières, les plantes, les poissons, les œufs ou nos corps, et 100% des êtres humains sont contaminés aux PFAS. On en trouve aussi au fond de la fosse des Mariannes, l’endroit le plus profond découvert à ce jour par l’homme.
Classées «cancérogène possible» et «cancérogène pour les humains» par le Centre international de recherche sur le cancer, les PFAS sont un scandale sanitaire mondial. Associées à de nombreux risques de santé, tels que l’altération du système immunitaire ou endocrinien, la dégradation de la fertilité, les perturbations métaboliques ou l’augmentation de certains cancers, les industriels étaient au courant de la dangerosité de leurs produits dès les années 1961. Les entreprises DuPont et 3M ont d’ailleurs été poursuivies pour avoir pollué les eaux américaines, alors l’extrême toxicité des PFAs a été établie en interne et cachée pendant des années. Pour en savoir plus, je vous invite à regarder Dark Waters, un film retraçant la véritable histoire de l’avocat Robert Bilott qui a dénoncé les pratiques toxiques de l’entreprise chimique DuPont.
Aujourd’hui, pour la première fois, la France se dote d’une loi pour protéger la population de ces molécules chimiques. Le texte déposé par le député Nicolas Thierry a été approuvé aujourd’hui en première lecture, par 231 parlementaires, avec le soutien du gouvernement. C’est une avancée majeure pour nos droits les plus fondamentaux, mais qui n’exclut pas encore l’ensemble des objets contenant des PFAS de notre quotidien. Par exemple les ustensiles de cuisine et les poêles antiadhésives sont absents de ce texte.

Pour en savoir plus : https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/polluants-eternels-des-groupes-chimiques-americains-paient-12-milliard-de-dollars-1948728 et https://www.sudouest.fr/economie/industrie/pfas-dupont-et-3m-ont-sciemment-cache-la-toxicite-de-leurs-substances-pendant-des-decennies-15413095.php
Deuxième texte : la taxe Zucman, un impôt plancher de 2% sur le patrimoine des ultra riches
Aujourd’hui, les 0,0002 % les plus riches bénéficient d’un taux d’imposition plus faible que les classes moyennes : 46 % d’imposition pour les 0,1 % les plus riches, contre seulement 26 % pour les ultra-riches. Pourquoi ? Parce que la majorité de leurs revenus transitent par des holdings familiales, échappant ainsi à l’impôt. Ces capitaux ne sont pas « bloqués », bien au contraire : ils servent à acheter des médias, des yachts, des propriétés luxueuses ou à financer des projets de philanthropie, sans aucune contribution réelle à l’effort collectif.
Contrairement aux idées reçues, nos milliardaires n’auraient aucun intérêt à partir vers un autre paradis fiscal : leur taxation est déjà extrêmement faible ! Si demain, ils déménageaient aux îles Caïmans, l’impact sur les recettes fiscales françaises serait quasiment nul, de l’ordre de 0,03 % du PIB.
Malgré un taux modeste, la rentabilité du capital des grandes fortunes étant de 7 % net d’inflation sur quarante ans, autrement dit même en les taxant à hauteur de 2%, ils continueraient donc de valoriser leur patrimoine !
Cette taxe concernerait… 1 800 foyers ! Et c’est donc ces 1 800 foyers qui aujourd’hui sont défendus par des députés de droite complètement déconnectés et ayant perdu le sens de la solidarité, du collectif et du vivre-ensemble. Ces députés sont forts avec les faibles mais faibles avec les forts. Aucun scrupule à taxer les apprentis, aucun scrupule à taxer les auto-entrepreneurs, aucun scrupule à refuser le repas à 1€ pour les étudiants.
Cette taxe permettrait de collecter environ 20 milliards d’euros par an. Une somme considérable qui pourrait être investie dans l’éducation, la santé, les infrastructures et la transition écologique.
Faire contribuer les plus riches au financement de la société n’est pas une option, mais une nécessité. Quant à l’argument de dire que les riches partiraient… quelle vaste blague. Cet argument est ridicule et n’a pas de sens. Que Bernard ARNAULT parte, nous saurons faire sans lui ! Alors que lui, sans ses salariés… pas de création de richesse.

Il est grand temps d’adopter une fiscalité réellement progressive et équitable. Il est temps que chacun cotise selon ses moyens et reçoivent selon ses besoins.
Troisième texte : la sécurité sociale de l’Alimentation
Ce dispositif s’inspire du modèle de la Sécurité sociale qui concerne la santé et serait donc étendu à l’alimentation. Ce texte prévoit un budget de 150 euros par mois et par personne, financé par des cotisations et une contribution des entreprises du secteur agroalimentaire. Cette nouvelle allocation serait utilisable pour l’achat de produits issus de l’agriculture locale et biologique. Cette aide serait donc ciblée et contrôlée.
En France, 8 millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire et 20 % de la population déclare sauter des repas faute de moyens. L’agriculture française traverse une crise majeure : en 2022, un agriculteur sur quatre vivait sous le seuil de pauvreté et plus de 30 % des exploitations ont disparu en vingt ans. La grande distribution capte aujourd’hui 80 % des marges sur les produits alimentaires, au détriment des producteurs. La sécurité sociale de l’Alimentation garantit un accès régulier à une alimentation de qualité et assure une meilleure rémunération des agriculteurs. Elle propose aussi un cadre de soutien aux circuits courts, et à des produits Bio ou équivalent, qui représentent actuellement moins de 15 % des ventes alimentaires. Elle permettra de manger des produits sains, de saison tout en valorisant les producteurs.
Cette réforme s’oppose à un modèle agro-industriel où les prix sont fixés par la grande distribution et où l’alimentation reste soumise aux logiques du marché. Elle repose sur un financement solidaire pour assurer un droit fondamental : manger à sa faim, des produits sains sans dépendre de l’aide caritative. Ce processus est universel, démocratique, et social. En effet, tout le monde, quels que soient ses revenus, touche la même somme tous les mois, ici 150 euros.
Des entités (épiceries, associations, marchés) vont être conventionnées de manière démocratique, pour savoir où et quoi les bénéficiaires pourront dépenser cette allocation. Avec une orientation de la politique agricole de France, l’idée est donc d’assurer des revenus décents aux agriculteurs et de permettre à chacun d’avoir accès à une alimentation de qualité, selon des critères sanitaires, environnementaux et sociaux. Le financement permet aussi de réduire les coûts liés à l’alimentation, et aux enjeux de santé que la malbouffe engendre.

Concrètement, ces 150 euros par personne et par mois, enfants compris, représentent un budget annuel de 120 milliards d’euros. Cette somme n’est pas anodine mais elle permettra d’en économiser bien plus en termes de santé !
Pour en savoir plus : https://securite-sociale-alimentation.org