La ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a présenté son Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), après plus d’un an de retard. Comprenant 52 mesures générales, ce PNACC3 n’est pas doté de moyens suffisants ni d’objectifs précis, et il ne protège pas assez les plus vulnérables. Ce document, pourtant essentiel pour s’adapter aux conséquences du changement climatique, n’est clairement pas à la hauteur des enjeux et de l’urgence à laquelle nous sommes confrontés.
Le Haut conseil pour le climat, dans son rapport annuel de juin 2024, avait déjà jugé que la France n’était pas à la hauteur et avait besoin d’un changement d’échelle dans l’adaptation. Ce rapport soulignait notamment que le calendrier de préparation du 3ème PNACC « ne prend pas assez en compte l’urgence à agir ». En mars 2024, la Cour des comptes indiquait qu’il fallait faire davantage pour l’adaptation climatique et demandait à l’État de jouer son rôle de stratège face à un « mur d’investissements » imminent. Il était donc attendu avec impatience, mais est malheureusement très décevant.
Le scénario retenu est celui d’une France qui anticipe un réchauffement de +2°C d’ici 2030, +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100, soit respectivement un réchauffement à l’échelle planétaire de 1,5°C, 2°C et 3°C. Rappelons qu’il s’agit d’une moyenne et que certains territoires connaîtront une hausse plus faible, tandis que d’autres subiront une augmentation pouvant atteindre +7°C !
Bien qu’un effort ait été fait sur le scénario retenu, certains jugent que là aussi, ce n’est pas satisfaisant. Pour le climatologue Christophe Cassou (CNRS), se préparer à un monde à +4°C n’est pas suffisant.
Cité dans Le Monde (au moment des annonces de C. Béchu en 2023), il précise que :
« La gestion des risques suppose de considérer des scénarios pires que la tendance. Nous devons calibrer les politiques d’adaptation non pas sur la moyenne annuelle, mais sur l’été, la saison qui a le plus d’impacts ».
Dans la trajectoire à +4°C, le mercure grimperait à +5,1°C sur la période de juin, juillet et août en 2100.
Quelques conséquences d’une France à +4°C ?
- Multiplication des nuits tropicales (température supérieure à 20°C), dangereuses pour la santé
- Pics de chaleur pouvant dépasser les 50°C, peut-être chaque année
- Canicules presque en continu en été, avec des vagues de chaleur 5 à 10 fois plus nombreuses d’ici 2100 (Météo-France)
- Sécheresses prolongées impactant l’agriculture, la forêt et la biodiversité
- Pluies extrêmes et inondations plus fréquentes (7 % de précipitations en plus par degré supplémentaire de réchauffement – GIEC)
- Disparition quasi totale des glaciers français
- Baisse du débit des cours d’eau de 10 à 40 % d’ici 2070-2100
- Montée des eaux d’environ un mètre, recul du trait de côte en Méditerranée, Gironde, Manche, Charente-Maritime
- 85 % des vignobles rayés de la carte à +4°C à l’échelle planétaire
Un plan sans moyens ni ambitions
Le PNACC3 est une grande déception : il manque d’ambition, de financements et d’objectifs contraignants. Les aléas climatiques s’intensifient plus vite que les mesures d’adaptation, mettant déjà certains territoires en difficulté, notamment ceux régulièrement inondés. Ce 3ème PNACC comprend 52 mesures réparties en 5 axes, mais il manque d’un véritable cadre d’action.
La ministre Agnès Pannier-Runacher annonce 600 millions d’euros pour l’adaptation :
- 300 millions du fonds Barnier,
- 30 millions pour la prévention du retrait-gonflement d’argile,
- 260 millions du fonds vert pour les collectivités.
Mais ce ne sont pas des moyens supplémentaires : il s’agit d’un simple réaffectation de fonds prévus dans le PLF. Pire, ces 260 millions d’euros du Fonds vert sont redirigés au détriment de l’atténuation du changement climatique.
Un manque de volonté politique
Certaines mesures vont dans le bon sens, comme la prise en compte du confort d’été dans les bouilloires thermiques, mais leur impact sera limité faute de financements. C’est déjà le cas pour la rénovation thermique sous-financée ou encore les annonces qui contredisent les engagements passés.
De plus, les opérateurs publics, censés mettre en œuvre ces mesures, subissent des coupes budgétaires depuis des années :
- Météo-France : -383 postes depuis 2017.
- Cerema : -379 postes depuis 2017 (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) .
Enfin, le PNACC3 est sans calendrier clair et contraignant, et renonce à toute mesure pour protéger les travailleurs de la chaleur cet été, contrairement à la Grèce et l’Espagne. Ce plan ne répond ni à l’urgence climatique ni à la protection des plus vulnérables. Un plan d’adaptation digne de ce nom doit être à la hauteur des défis écologiques et sociaux.
Un vrai plan d’adaptation climatique : les propositions de LFI
Face à un plan sous-financé et inefficace, La France Insoumise propose une véritable stratégie pour anticiper et lutter contre les conséquences du dérèglement climatique :
- Investissement massif pour la bifurcation écologique ➜ 200 milliards sur 5 ans pour garantir une transition juste et efficace
- Réduction des émissions de gaz à effet de serre ➜ Objectif de -65 % d’ici 2030 par rapport à 2020
- Rénovation thermique des logements ➜ 700 000 rénovations complètes par an, en commençant par les 5,2 millions de passoires thermiques
- 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 ➜ Planification de la sortie progressive du nucléaire
- Soutien aux services publics et aux opérateurs de l’État ➜ Recrutement et financements accrus pour Météo-France, Cerema, l’Office national des forêts et l’Office français de la biodiversité
- Justice sociale et accès aux biens essentiels ➜ Tarification progressive de l’eau et de l’énergie, avec des premières tranches gratuites pour garantir un accès pour toutes et tous
- Protection des travailleurs face aux canicules ➜ Mise en place de normes et de droits spécifiques, comme en Grèce et en Espagne
- Encadrement des projets d’infrastructures ➜ Évaluation écologique et sociale obligatoire avant toute nouvelle loi ou projet d’envergure