Face aux fermetures d’usines et aux logiques de rentabilité à court terme, une autre voie existe : la reprise des entreprises par les salariés sous forme de coopérative (SCOP).
C’était tout l’enjeu de la table ronde organisée par le député Mathias Tavel hier à l’Assemblée nationale, réunissant élus, syndicalistes, dirigeants coopératifs et acteurs de terrain. Un constat partagé : dans de nombreux cas, les projets portés par les salariés sont les plus solides et les plus pérennes.
Dans les dix prochaines années, près de 700 000 entreprises seront transmises. La question est donc simple : qui va les reprendre ? Des fonds d’investissement ou celles et ceux qui y travaillent ?
Un modèle efficace mais freiné
Les SCOP démontrent leur efficacité, avec un taux de pérennité d’environ 85 %. Pourtant, les obstacles restent nombreux. Les salariés sont souvent mal informés de leurs droits et des possibilités de reprise. Le cadre juridique reste inadapté, et les conditions d’accès au financement sont bien plus défavorables que pour les repreneurs classiques.
À cela s’ajoute un manque de soutien public, voire des blocages institutionnels, notamment de la part de l’Unédic.
Des exemples concrets
Chez Vencorex, un projet coopératif porté par 45 salariés permettait de sauver près des deux tiers des emplois. Pourtant, il a été écarté au profit d’une offre étrangère bien moins favorable socialement.
À Bergère de France, dernière filature industrielle du pays, la reprise en SCOP a permis de préserver un savoir-faire unique, malgré des difficultés de financement et des exigences élevées des fournisseurs.
Chez Lipton Éléphant (rebaptisé 1336), les salariés ont construit un projet industriel alternatif, relocalisé et plus écologique. Après des années de lutte, la coopérative existe toujours, avec plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires.
Ces exemples montrent une chose : quand on leur en donne les moyens, les salariés savent faire vivre leurs entreprises.
Ce qu’il faut changer
Une proposition de loi est en préparation pour lever ces freins. Elle vise à favoriser explicitement la reprise par les salariés, à créer un fonds national dédié, et à améliorer l’accès au financement. Elle propose aussi d’introduire une forme de priorité pour les salariés face à des repreneurs extérieurs, souvent guidés par des logiques spéculatives.
Il est nécessaire de permettre le cumul des aides (chômage, création d’entreprise, reconversion), aujourd’hui trop souvent bloqué.
Un choix politique
Au-delà des outils juridiques, c’est un choix de société. Préserver l’emploi, maintenir les savoir-faire, garantir notre souveraineté industrielle : tout cela passe par un soutien réel aux coopératives.
Les SCOP prouvent qu’un autre modèle est possible : produire sans délocaliser, décider collectivement, et partager la richesse sans dividendes. Il est temps de donner aux salariés les moyens de reprendre en main leur outil de travail !



