Préparer nos territoires au changement climatique, c’est changer notre politique forestière !


Vendredi dernier, je me suis rendu à Saint-Just, en Ille-et-Vilaine, à l’invitation de ma collègue Mathilde Hignet, pour une réunion publique consacrée à un enjeu qui concerne désormais l’ensemble de nos territoires : comment nous préparer aux canicules, aux incendies et aux inondations qui vont se multiplier avec le changement climatique ?

Autour de la table étaient réunis des habitant·es touché·es par les incendies, le maire de Saint-Just Nicolas Debray, un représentant de la Protection civile et un sapeur-pompier secrétaire général de la CGT du SDIS 35.

Ces échanges ont permis de rappeler une réalité trop souvent oubliée une fois les incendies éteints : l’urgence climatique ne disparaît pas avec les images des feux dans les médias.

Le changement climatique aggrave le risque

Les températures augmentent, les sécheresses sont plus fréquentes et plus longues et les périodes propices au développement des incendies s’allongent.

Entre 2021 et 2025, près de 150 000 hectares de forêts et de végétation ont brûlé en France. En 2022, plus de 70 000 hectares avaient été touchés. En 2025, environ 30 500 hectares ont encore brûlé, dont près de 20 000 hectares de forêt.

Mais le changement climatique n’explique pas tout ! Il augmente les risques bien-sûr, mais nos choix d’aménagement, nos choix agricoles et surtout nos choix de gestion de la forêt rendent également nos territoires plus ou moins vulnérables.

C’est précisément là que se situe notre responsabilité politique.

Quelle forêt voulons-nous pour demain ?

Pendant des décennies, la politique forestière a été pensée autour de la production de bois. Cette logique a conduit, dans certains territoires, à privilégier de la mono-essence et à rechercher le rendement et la production rapide. Sauf que la diversification des forêts contribue à renforcer leur résilience face aux maladies, aux sécheresses et aux événements climatiques extrêmes. Nous devons donc favoriser davantage de diversité : diversité des essences, des âges et des structures.

La question que nous devons nous poser est simple : pourquoi continuer à organiser certaines forêts de manière aussi homogène alors que nous savons que nous allons devoir affronter davantage de sécheresses, de maladies et d’événements climatiques extrêmes ?

Penser la forêt comme un écosystème… 

Une forêt n’est pas un espace isolé. Elle s’inscrit dans un paysage composé de champs, de haies, de prairies, de bosquets et d’espaces naturels. Or nous avons progressivement laissé disparaître une partie de ces éléments qui structuraient nos paysages.

Restaurer les haies, préserver les espaces ouverts et mieux organiser les interfaces entre zones habitées, espaces agricoles et forêts doit donc faire partie de notre politique de prévention. Le pastoralisme peut également jouer un rôle lorsqu’il est adapté aux territoires. Il ne remplacera évidemment ni les forestier·ères, ni le débroussaillement réglementaire, ni les sapeur·ses-pompier·ères.

… pas comme une marchandise

C’est le sens de la proposition de loi que nous défendons sur la forêt ! Nous devons sortir d’une conception de la forêt uniquement fondée sur la rentabilité immédiate. Une entreprise peut raisonner à l’échelle de son prochain bilan. Une forêt, elle, se construit sur plusieurs générations. 

C’est un écosystème, une réserve de biodiversité, un puits de carbone, une réserve d’eau, un espace qui protège les sols et un patrimoine transmis entre générations. Elle constitue également un élément essentiel de la protection de nos territoires face au changement climatique.

Nous allons donc reconnaître la forêt comme un bien stratégique de la Nation et donner à la puissance publique les moyens de construire une véritable politique forestière de long terme.

Prévenir plutôt que subir

Pour lutter contre les incendies, il est nécessaire de mobiliser toutes les forces actives. Réinvestir dans les pompiers, dans leurs matériel leur recrutement et leurs conditions de travail… Mais une véritable politique publique doit aussi se demander ce que nous sommes prêt·es à investir avant la catastrophe pour en limiter la probabilité et l’ampleur.

Cela signifie donner des moyens à l’Office national des forêts, aux des forestier·ères sur le terrain, capables de connaître les massifs et leur évolution, renforcer les moyens des SDIS, entretenir les pistes et les points d’eau, restaurer les haies et soutenir, lorsque cela est pertinent, le pastoralisme et enfin, mieux préparer nos territoires aux conséquences du changement climatique !

Agir avant la catastrophe

Les échanges de Saint-Just l’ont montré : les habitant·es, les élu·es, les agriculteur·rices, les associations de sécurité civile et les sapeur·ses-pompier·ères sont déjà confronté·es aux conséquences du changement climatique. Un feu s’est déclaré le 12 aout dernier, et a détruit la forêt d’un site mégalithique, allant jusqu’à frôler les maisons du bourg.

Notre responsabilité est de donner aux habitant·es les moyens d’y faire face. Nous devons continuer à renforcer nos capacités d’intervention lorsque les incendies se déclarent, mais nous devons surtout agir sur ce qui se passe avant que le feu ne parte.

Le changement climatique est une réalité. Nous connaîtrons davantage de périodes de sécheresse et de risque incendie, mais nous ne sommes pas condamné·es à subir.

Nous avons encore des choix à faire : celui d’une forêt diversifiée plutôt qu’une forêt pensée uniquement comme une production, celui de restaurer les haies plutôt que de poursuivre leur disparition, celui de renforcer l’ONF et les services publics plutôt que de laisser la gestion forestière être dictée uniquement par la rentabilité.

Protéger nos forêts, ce n’est pas seulement protéger des arbres. C’est protéger notre eau, nos sols, notre biodiversité, notre climat et nos territoires, et c’est protéger les générations qui viennent.